Évaluation des enseignements par les étudiants : faire évaluer vos intervenants, puis décider de les garder
Les étudiants répondent à quelques questions sur le cours, l’intervenant reçoit leurs réponses, et la décision de le garder se prend avec ses heures faites, ses retours écrits et la synthèse du responsable pédagogique.
En juin, le responsable pédagogique ouvre les résultats de l’enquête de fin de semestre. Un intervenant a la note la plus basse de la promotion. Trois commentaires disent que le cours allait trop vite. Le responsable doit décider s’il le rappelle à la rentrée. Il ne sait ni combien d’étudiants ont répondu, ni si la question portait sur le cours ou sur la personne.
Le 1er novembre 2026, le référentiel Qualiopi change. Le décret n° 2026-728 oblige alors les formations en apprentissage à faire évaluer leurs cours par les étudiants, dans un questionnaire distinct de l’enquête de satisfaction (indicateur 33). Lancer ce questionnaire est simple. Le risque vient après : juger un intervenant sur une moyenne, sans savoir combien d’étudiants ont répondu ni sur quoi portait la question.
Cet article explique comment poser des questions sur le cours plutôt que sur la personne, comment lire les réponses, et comment les rendre à l’intervenant avant de décider de le garder, avec ses heures faites, ses retours écrits et votre propre synthèse.
Ce que le 1er novembre impose, et à qui
Le décret n° 2026-728 du 1er août 2026 remplace le tableau des indicateurs Qualiopi et entre en vigueur le 1er novembre 2026. Son indicateur 33 demande trois choses (Journal officiel du 4 août ) :
- un dispositif où les étudiants évaluent les contenus et les enseignements, « distinct du recueil général de satisfaction » ;
- des résultats partagés avec les équipes pédagogiques ;
- une démarche d’amélioration formalisée à partir de ces résultats, dont l’organisme mesure l’efficacité à intervalles réguliers.
Le périmètre est étroit. Dans le tableau publié au Journal officiel, l’indicateur 33 n’est coché que pour les actions de formation par apprentissage. Légifrance donne le libellé sans les colonnes, et le fac-similé du JO montre la croix. Le CNFCE le présente aussi comme propre aux CFA. Une école sans formation en apprentissage n’est donc pas visée par cet indicateur.
Elle n’en a pas fini pour autant avec l’avis des étudiants. Pour toutes les catégories d’actions, le même décret demande de recueillir les appréciations des bénéficiaires et des équipes pédagogiques (indicateur 30), puis d’en tirer une démarche d’amélioration (indicateur 32). En juin 2026, le rapport de l’IGAS et de l’IGÉSR proposait des retours des élèves à la fin de chaque enseignement, « qui doivent être systématiques » (§ 145). C’est une proposition, pas une règle.
L’article sur les preuves Qualiopi du 1er novembre dit ce que l’auditeur lira dans le dossier. Celui-ci porte sur la manière de construire l’avis, de le lire et de s’en servir.
Une note ne mesure pas un enseignant
Un questionnaire dit comment les étudiants ont vécu un cours. Il ne dit pas ce que vaut la personne qui l’a donné.
Anne Boring l’a mesuré dans une université française, sur 22 665 évaluations remplies par 4 423 étudiants de première année, de 2008 à 2013 (OFCE, 2015 ). Les étudiants masculins y donnaient la note de satisfaction maximale environ 30 % plus souvent à un enseignant qu’à une enseignante. Les résultats à l’examen final, commun à tous, ne variaient pas selon le genre de l’enseignant.
Deux chercheurs de l’université de Californie à Berkeley, Philip Stark et Richard Freishtat, en tirent des règles de lecture (An Evaluation of Course Evaluations, 2014 ). Une question globale sur l’efficacité de l’enseignement induit en erreur. Une moyenne de notes n’a pas de sens : la répartition des réponses, le nombre de répondants et le taux de réponse en disent davantage. Et deux cours de types ou de tailles différents ne se comparent pas.
En 2018, au Canada, un arbitre a interdit à l’université Ryerson d’utiliser ces questionnaires pour mesurer l’efficacité de ses enseignants dans les décisions de promotion, selon University Affairs . Il leur reconnaissait une utilité : saisir l’expérience des étudiants.
Construire l’enquête sur le cours, en quelques questions
Faire noter le cours plutôt que la personne commence par les questions. Chacune vise un point du cours que l’intervenant peut changer :
- Le contenu correspondait-il au programme annoncé ?
- Le rythme permettait-il de suivre ?
- Les consignes des travaux étaient-elles claires ?
- Les supports aidaient-ils à réviser ?
- Qu’est-ce qui vous a le plus servi, et que changeriez-vous ?
Le guide de l’université Grenoble Alpes pose les mêmes règles de rédaction : une seule information par question, une formulation neutre, des commentaires libres en fin de questionnaire. Il demande aussi d’expliquer aux étudiants comme aux enseignants à quoi serviront les résultats. L’intervenant qui sait avant son premier cours ce que l’enquête lui demandera ne la découvre pas comme une sanction.
Trois choix évitent de noyer les étudiants sous les questionnaires. Une enquête par matière, envoyée à la dernière séance, quand le cours est encore frais. Cinq questions comme celles-ci, pas trente. Une enquête séparée de la satisfaction générale : l’accueil, les locaux et la scolarité restent dans l’enquête annuelle. C’est cette séparation que l’indicateur 33 demande.
Les réponses sont anonymes, et les universités françaises qui mènent ces enquêtes encadrent les commentaires libres. La charte de l’université Paris-Saclay prévoit que des personnes habilitées suppriment les passages injurieux ou diffamatoires avant la diffusion des résultats. Celle de l’université de Tours , votée le 28 mars 2024, engage les étudiants à ne pas écrire de messages diffamatoires, injurieux ou provocateurs. Une école peut reprendre ces deux règles dans l’enquête de ses intervenants. Nous n’avons trouvé aucun décompte français de ces commentaires. À titre de comparaison, une étude australienne publiée en 2014 en a compté 13 injurieux sur 30 684 commentaires anonymes lus un par un, soit 0,04 % (Beatrice Tucker ).
Lire les réponses avant de conclure
Avant de lire une note, le responsable regarde qui a répondu : combien d’étudiants, sur combien dans la classe. Avec peu de répondants, l’avis peut ne refléter que les plus satisfaits et les plus déçus, comme le note le guide de Grenoble . Dans un petit groupe, quelques réponses suffisent à pousser le résultat vers un extrême, même quand toute la classe a répondu, selon Stark et Freishtat .
Il lit ensuite la répartition, pas la moyenne. Un cours noté 3 par toute la classe, et un cours noté 1 par une moitié et 5 par l’autre, ont la même moyenne. Ils ne posent pas le même problème.
Les commentaires disent pourquoi. Un « trop rapide » écrit par dix étudiants pèse plus qu’une note isolée. Le responsable compare un cours à lui-même d’une année sur l’autre, pas à un cours d’une autre nature.
Rendre l’avis à l’intervenant et à l’équipe
L’indicateur 33 demande que les résultats soient partagés avec les équipes pédagogiques. L’intervenant en fait partie. Il reçoit son avis le premier, avant toute discussion sur la rentrée suivante.
Ce retour améliore le cours. En 1980, une méta-analyse de 22 comparaisons a montré que les enseignants qui recevaient l’avis de leurs étudiants à mi-semestre obtenaient en fin de semestre une note plus élevée que les autres (Peter A. Cohen, Research in Higher Education ). L’effet était plus fort quand un échange accompagnait les résultats. Un entretien entre l’intervenant et le responsable pédagogique tient ce rôle.
L’équipe reçoit la synthèse du cours : ce qui change l’an prochain, et pourquoi. C’est la démarche d’amélioration que le décret demande de formaliser. L’année suivante, la même enquête dit si le changement a porté. C’est la mesure de son efficacité.
Décider de la reconduction sur un bilan entier
L’avis des étudiants entre dans la décision, mais il ne la prend pas seul. Le responsable le lit à côté des heures faites, des retours écrits de l’intervenant et de sa propre synthèse. Un cours mal noté parce que trois séances ont été annulées ne se traite pas comme un cours mal noté dont toutes les séances ont eu lieu.
L’article sur la manière de pourvoir un cours décrit ce bilan dans sa partie sur la reconduction. Il dit aussi la limite qu’un intervenant indépendant pose à l’évaluation.
Dans Aristote, le module de Subrequest qui pilote chaque cours de A à Z, l’enquête part aux étudiants de la classe à la dernière séance d’une matière. Ils y répondent sans se nommer, en quelques questions. Le score, les critères et les commentaires rejoignent le bilan de l’intervenant, avec ses heures faites, ses retours écrits et la synthèse du responsable. Chaque séance y garde son état : faite, reportée ou annulée. À la rentrée suivante, pour chaque cours à pourvoir, l’outil présente d’abord les intervenants qui l’ont déjà donné, avec leur bilan. Le responsable pédagogique décide.
Faire évaluer vos intervenants par les étudiants, puis décider de les garder
L’évaluation des enseignements par les étudiants porte sur le cours, pas sur la personne qui l’a donné. Elle revient d’abord à l’intervenant et à l’équipe, puis rejoint un bilan avec les heures faites. Pour les formations en apprentissage, le décret n° 2026-728 l’impose à partir du 1er novembre 2026, à part de l’enquête de satisfaction.
Si vous préparez les enquêtes de fin de matière de vos intervenants, prenez rendez-vous pour revoir avec nous leurs questions et la place qu’elles prennent dans vos décisions de reconduction.