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Évaluer l’usage de l’IA : ce que l’étudiant fait de la réponse

3E veut former des « validateurs critiques ». Une école qui interdit l’IA va contre ce but. Elle évalue plutôt ce que l’étudiant vérifie, corrige et justifie, matière par matière.

Louis Cuvelier
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En septembre 2026, les Entreprises Éducatives pour l’Emploi (3E) publient leur plateforme pour la présidentielle de 2027 . Sa décision 9, « Génération IA », propose de former une génération de « validateurs critiques », capables d’auditer et de corriger les productions des machines.

Notre article sur l’évaluation à l’ère de l’IA montre qu’une école ne peut pas faire respecter une interdiction de l’IA hors de la salle. Une école qui veut former des validateurs critiques se contredit aussi en interdisant l’IA : l’étudiant apprend à corriger l’IA en s’en servant. Le responsable pédagogique doit donc dire comment l’école évalue cette capacité.

L’enseignant évalue l’usage de l’IA sur ce que l’étudiant vérifie, corrige et justifie. L’école écrit cette règle matière par matière, et l’enseignant garde la note.

Ce que propose la décision 9 de 3E

3E est une association créée en 2020. Elle rassemble onze groupes de l’enseignement supérieur privé à vocation professionnelle, soit 400 000 étudiants selon ses propres chiffres . Son document s’adresse aux candidats à l’élection présidentielle et défend les positions de l’association. Cet article présente ces positions sans les reprendre à son compte.

La décision 9, page 21 du document , contient quatre mesures sur l’enseignement et l’évaluation :

  • enseigner dans chaque discipline, du lycée à la formation continue, les usages de l’IA qui lui sont propres, avec leurs risques et les règles de l’AI Act ;
  • former 100 % des enseignants et des éducateurs d’ici 2030 ;
  • faire de la maîtrise de l’IA la troisième littératie fondamentale, après les mathématiques et les langues ;
  • évaluer, aux côtés des savoirs, les compétences comportementales que l’IA valorise.

En mars 2024, la Commission de l’intelligence artificielle  recommandait déjà de « généraliser le déploiement de l’IA dans toutes les formations d’enseignement supérieur ». 3E juge que ces recommandations « restent consultatives ». Nous n’avons trouvé aucun texte qui les rende obligatoires dans le supérieur. Au collège et au lycée, en revanche, un parcours de formation Pix IA  est désormais obligatoire en 4e, en 2de et en première année de CAP.

Pourquoi une école qui interdit l’IA contredit son objectif

Un étudiant n’apprend pas à corriger une IA qu’il n’a pas le droit d’utiliser. Une école qui interdit l’IA partout prive l’étudiant de l’exercice que 3E veut lui faire pratiquer.

Les étudiants s’en servent d’ailleurs malgré l’interdiction. Selon l’observatoire Ipsos BVA pour Epita , mené en janvier 2026 auprès de 1 000 étudiants du supérieur, 47 % se sont déjà aidés de l’IA pour des exercices alors que ce n’était pas autorisé. L’enseignant ne voit pas cet usage, et ne peut donc pas l’évaluer.

La même enquête compare ce que les étudiants disent savoir faire avec l’IA et ce qu’ils savent de ses erreurs. 78 % des étudiants qui se servent de l’IA pour leurs études disent savoir évaluer la pertinence et la qualité de ses résultats. Pourtant, sur l’ensemble des étudiants, 20 % jugent faux qu’une réponse d’IA générative puisse contenir une information ou une référence inventée, et 18 % ne savent pas.

Une enquête de Microsoft Research et de l’université Carnegie Mellon , présentée en 2025, mesure le lien entre la confiance dans l’outil et l’esprit critique. Elle a interrogé 319 professionnels sur 936 usages concrets de l’IA générative. Plus les répondants font confiance à l’outil, moins ils déclarent exercer leur esprit critique. Plus ils ont confiance en leurs propres compétences, plus ils l’exercent. Quand ils l’exercent avec l’IA, ils passent moins de temps à chercher l’information et plus de temps à la vérifier.

L’étudiant ne corrige l’IA que s’il connaît le sujet

Pour vérifier une réponse de l’IA, il faut connaître le sujet. Dans la même étude, 58 des 319 répondants citent un obstacle pour contrôler la réponse de l’IA, dont le manque de connaissance du domaine. L’un d’eux le résume : quand on ne connaît pas le sujet, il est difficile de juger si la réponse de l’IA est juste.

3E propose d’ailleurs d’évaluer les compétences liées à l’IA « aux côtés des savoirs ». Un étudiant ne repère une erreur de droit, de calcul ou de date que s’il connaît le droit, le calcul ou l’histoire. Pour évaluer l’usage de l’IA, l’enseignant doit donc aussi évaluer les connaissances.

L’école garde ainsi des épreuves sans IA. L’AI Assessment Scale , une échelle proposée par trois chercheurs et révisée en 2025 , les place à son premier niveau, à une condition : l’épreuve se tient dans un cadre surveillé. Un devoir à la maison déclaré « sans IA » ne remplit pas cette condition.

Évaluer ce que l’étudiant fait de la réponse

L’OCDE et la Commission européenne ont décrit cette compétence. Leur cadre de littératie IA , publié en juin 2026, demande à l’élève de juger si une production de l’IA doit être acceptée, révisée ou rejetée. Au niveau le plus avancé, il justifie sa décision. Ce cadre vise le primaire et le secondaire, et il n’oblige personne. Il nomme pourtant ce qu’un enseignant peut observer quand il évalue l’usage de l’IA.

L’enseignant peut noter trois éléments, dans n’importe quelle matière :

  1. Ce que l’étudiant a vérifié. La source retrouvée, le calcul refait, l’affirmation contrôlée.
  2. Ce qu’il a corrigé ou rejeté. Il donne la raison de chaque choix.
  3. Ce qu’il sait expliquer de la version finale. Sans l’outil sous les yeux, face à une question qu’il n’a pas préparée.

L’AI Assessment Scale place ces épreuves à ses niveaux 3 et 4. À son niveau 3, l’étudiant se sert de l’IA pour rédiger, et l’évaluation porte sur la critique que l’étudiant fait du texte produit. À son niveau 4, elle porte sur la manière dont il se sert de l’outil pour résoudre un problème.

Une même matière peut combiner plusieurs épreuves, chacune avec sa règle.

L’école écrit la règle de chaque épreuve avant qu’elle ait lieu, et l’étudiant la connaît.

Ce que la loi demande, et ce qu’elle ne demande pas

L’AI Act oblige l’école à former ses équipes à l’IA, pas ses étudiants. Depuis le 2 février 2025, une organisation qui utilise l’IA doit faire monter en compétence les personnes qui s’en servent pour elle (article 4 ). Le règlement de juillet 2026  a assoupli la règle : l’école doit « favoriser le développement » de la maîtrise de l’IA, sans garantir un niveau à chaque personne. Quand 3E propose de former les étudiants à l’AI Act, elle demande donc plus que la loi.

L’AI Act encadre en revanche les outils d’IA qui évaluent les acquis d’apprentissage. Ces outils figurent sur la liste des usages sensibles de l’AI Act , soumis aux règles les plus strictes. Le calendrier de ces obligations est détaillé dans ce que le report de l’AI Act ne reporte pas. Une école qui fait intervenir une IA dans l’évaluation doit pouvoir montrer qui décide de la note.

Ce que fait Socrate

Socrate répond au même problème : un devoir rendu ne prouve plus ce que l’étudiant a compris. Il ajoute de nouvelles modalités d’évaluation, où l’étudiant doit tenir son raisonnement dans une conversation, question après question. Cette conversation correspond à la troisième ligne du tableau : l’étudiant explique ce qu’il a rendu, sans pouvoir sous-traiter la réponse.

Aucune équipe ne mène cet échange avec chaque étudiant, sur chaque campus. Un agent IA le mène pour chacun, avec la même exigence partout. L’enseignant lit l’échange, puis valide ou ajuste la note. Aucune note n’existe avant ce choix.

Les évaluations classiques restent, et leurs notes se consignent dans Socrate. L’école fixe la règle matière par matière, et les évaluations par conversation s’ajoutent quand elle le décide.

L’usage de l’IA s’évalue sur ce que l’étudiant vérifie, corrige et justifie

Une école évalue la capacité à corriger une machine sur ce que l’étudiant fait de la réponse : ce qu’il a vérifié, corrigé ou rejeté, et ce qu’il sait expliquer de la version finale. La règle s’écrit matière par matière. Le cadre de l’OCDE et de la Commission européenne  demande de juger si une production doit être acceptée, révisée ou rejetée.

Pour présenter Socrate aux responsables qui écriront ces règles avec vous, téléchargez la brochure.

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