Évaluation · 8 min

Évaluation orale et IA : ce que la conversation vérifie

Au diplôme d’expertise comptable, l’usage de l’IA se juge à l’oral. La déclaration dit ce que le candidat a fait, l’évaluation orale ce qu’il a compris.

Louis Cuvelier
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Vous notez un mémoire. L’étudiant en a peut-être écrit une partie avec une IA, et il a signé une déclaration d’usage. Que vaut cette déclaration, et que vous reste-t-il à vérifier ?

Le diplôme d’expertise comptable vient de répondre pour ses propres candidats. Le 6 juillet 2026, le Service interacadémique des examens et concours (SIEC), qui organise le DEC, a publié une charte d’usage de l’IA . Les mémoires soutenus à la session de novembre 2026 sont les premiers soumis à cette charte. Chaque candidat y joint un tableau signé de ses usages de l’IA. Pourtant, selon la note du jury aux candidats , les examinateurs apprécieront l’usage de l’IA « à l’issue de la soutenance ».

Un diplôme d’État garde donc le mémoire écrit et la déclaration signée, et il place la vérification dans l’échange avec l’examinateur.

La déclaration dit ce que l’étudiant a fait. La conversation vérifie ce qu’il a compris. Une personne nommée décide de la note.

Ce que la charte du DEC demande au candidat

La charte autorise quatre usages de l’IA pour le mémoire : la correction de la langue et la mise en forme, la recherche d’idées et de plan, la recherche et la synthèse documentaire, l’analyse de données et la simulation. Elle interdit à l’outil de « se substituer à la rédaction de tout ou partie du mémoire ».

Le candidat déclare chaque usage dans un tableau, l’annexe n° 1 de la charte. Chaque ligne porte un type, de A à D, une courte description et les pages concernées. Le candidat signe ensuite une phrase : les sections qu’il ne mentionne pas sont « le fruit de [son] travail personnel sans assistance d’une IA ». Ce tableau signé est la première annexe obligatoire du mémoire. Un usage non déclaré expose le candidat à une note éliminatoire ou à une commission disciplinaire, selon le texte de la charte .

La charte s’applique en deux temps. Pour la demande d’agrément du sujet, la tolérance s’est arrêtée en octobre 2026, et pour le mémoire lui-même, elle court jusqu’à la session de mai 2027 (note du jury, p. 3 et 4 ). Les deux autres diplômes comptables supérieurs, le DCG et le DSCG, appliqueront la charte à partir de la session 2027, selon le préambule de la charte .

Ce que la déclaration ne prouve pas

La déclaration engage la responsabilité du candidat. Elle ne prouve pas ce qu’il a compris. Un candidat peut déclarer honnêtement une synthèse documentaire faite avec un outil, sans avoir lu les sources qu’elle résume. Un autre peut omettre un usage. Sur le papier, les deux tableaux se ressemblent.

L’omission n’a rien de rare. À la King’s Business School, 74 % des étudiants n’ont pas déclaré leur usage de l’IA, alors que la déclaration figurait sur la page de garde obligatoire de leurs devoirs. L’étude de Chahna Gonsalves , parue en 2025 dans Assessment & Evaluation in Higher Education, relie ce silence à la peur des conséquences, à des consignes floues et à des règles appliquées de façon inégale.

Le SIEC ne demande donc pas à la déclaration plus qu’elle ne peut donner. Elle dit ce que le candidat affirme avoir fait. L’appréciation de cet usage vient après, devant les examinateurs.

D’autres établissements français ont écrit la même idée, mais pour le cas de doute. La charte de l’Institut de psychologie de l’Université Paris Cité , datée de juillet 2026, prévoit qu’en cas de doute l’équipe pédagogique peut convoquer l’étudiant, qui doit alors justifier oralement sa démarche et ses choix. Au DEC, l’échange n’attend pas le doute : chaque candidat soutient son mémoire.

Ce que l’échange vérifie, question après question

Selon la note du jury, p. 16 , la soutenance « a pour but de montrer que le candidat est à la fois l’auteur du mémoire et le défenseur des idées qui y sont exposées ». Elle dure une heure au plus, devant deux examinateurs : le candidat présente son travail une dizaine de minutes, puis les questions des examinateurs occupent la majeure partie du temps (note du jury, p. 16 ).

À partir de la session de novembre, les examinateurs y apprécient trois choses sur l’usage de l’IA (note du jury, p. 4 ) :

  1. Ce que l’analyse personnelle du candidat ajoute à ce que l’outil a produit.
  2. Sa capacité à critiquer les résultats de l’outil.
  3. Ce qu’il comprend des limites de l’IA.

Aucun de ces trois points ne se lit dans un tableau d’usages. Chacun se vérifie par une question à laquelle le candidat répond sans l’outil sous les yeux. Le tableau ci-dessous en donne un exemple pour chacun.

Ces questions valent hors de la comptabilité. Un enseignant de droit, de marketing ou de finance les pose sur n’importe quel travail rendu. Notre article sur l’évaluation de l’usage de l’IA détaille ce que l’étudiant vérifie et corrige. La conversation est le moment où il doit le montrer.

La relance sépare l’échange de l’écrit. Un étudiant peut préparer une réponse. Il prépare plus difficilement la question suivante, qui part de ce qu’il vient de dire.

Qui met la note, et sur quoi

Au terme de l’épreuve, et hors de la présence du candidat, les deux examinateurs du DEC attribuent une note globale au mémoire et à sa soutenance (note du jury, p. 16 ). Sur la feuille de notation, ils écrivent leurs appréciations et, sous la moyenne, ce qui justifie la note : une absence de réponse, des erreurs dans les réponses aux questions, l’absence d’apport personnel évaluable (note du jury, p. 16 ). Le jury national délibère ensuite, et le candidat ne connaît sa note qu’après cette délibération (note du jury, p. 16 ).

L’enjeu explique ce soin. Le mémoire compte pour la moitié de la moyenne du diplôme, coefficient 4 sur 8, et toute note inférieure à 10 sur 20 y est éliminatoire (note du jury, p. 3 et 17 ).

Trois éléments fondent donc la note : des examinateurs nommés, qui connaissent la matière, une justification écrite, et un jury qui délibère. L’échange fournit la matière de la décision. Il ne la prend pas.

L’oral a aussi sa faiblesse. Dans la revue Recherches en éducation , en 2024, l’enseignante-chercheuse Catherine Archieri se demande si la qualité de la prestation orale ne colore pas le jugement des évaluateurs. Elle relève aussi des normes de soutenance « souvent non explicitées ». Elle pose la question sans la mesurer. À l’université d’Auckland, deux enseignants ont fait passer des oraux de sept minutes à 42 étudiants de master, sur leur propre travail. Ils décrivent la même vigilance  : des examinateurs formés à poser des questions exigeantes et justes, et une grille qui devient plus difficile à tenir quand les effectifs grossissent.

Deux règles répondent à cette faiblesse. Les critères s’écrivent avant l’échange, pas après. Et la personne qui décide relit l’échange, plutôt que le souvenir qu’elle en garde.

Faire tenir l’échange pour chaque étudiant

Le DEC accorde une heure et deux examinateurs à chaque mémoire. Une école ne peut pas en faire autant pour chaque devoir, dans chaque matière, sur chaque campus. Notre article sur l’évaluation à l’ère de l’IA compare les modalités et ce que chacune coûte. L’oral pour chaque étudiant y vérifie le mieux le raisonnement, et c’est aussi la modalité qui demande le plus de temps.

C’est le problème auquel répond Socrate. Un agent IA conduit la conversation avec chaque étudiant, avec la même exigence d’un étudiant à l’autre et d’un campus à l’autre. Il propose une note, justifiée compétence par compétence. L’enseignant lit l’échange, puis il valide la note ou l’ajuste. Tant qu’il n’a pas décidé, l’échange n’a pas de note. Les notes rejoignent ensuite le Socle, à côté de celles des évaluations classiques.

La chaîne reste celle du DEC : un échange qui vérifie, une note justifiée par écrit, une personne qui décide. L’AI Act réserve d’ailleurs ses obligations les plus lourdes aux outils qui évaluent les acquis des étudiants (annexe III, point 3). Le règlement (UE) 2026/1744  repousse ces obligations au 2 décembre 2027, et ce que le report de l’AI Act ne reporte pas détaille ce calendrier.

La déclaration décrit l’usage, l’échange vérifie la compréhension

Une déclaration d’usage de l’IA ne prouve pas ce que l’étudiant a compris. Une conversation le vérifie, si ses critères sont écrits avant et si une personne nommée relit l’échange pour décider de la note. Selon la note du jury du SIEC , les examinateurs du DEC apprécient l’usage de l’IA à l’issue de la soutenance dès novembre 2026.

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